L'héritage du père Alexandre Schmemann

Introduction générale du Colloque

Tout au long de sa vie et de sa longue carrière de prêtre (il a été ordonné à 23 ans), le père Alexandre Schmemann s'est activement impliqué dans la vie de l'Église. Il fut à la fois prédicateur, pasteur, pédagogue, polémiste, théologien. Sa mort prématurée le 13 décembre 1983, bientôt suivie de celle du père Jean Meyendorff, a laissé un grand vide. 25 ans se sont écoulés depuis, marqués par de profonds bouleversements dans le monde, et en premier lieu par la chute du régime communiste en URSS et dans les démocraties populaires satellites, entraînant un réveil de l'orthodoxie et un changement radical de sa situation dans le monde. A bien des égards nous vivons dans un tout autre monde que celui où a vécu le père Alexandre Schmemann.

Pourtant, on remarque qu'avec les années, la présence et l'influence du père Alexandre Schmemann ne diminuent pas, mais ne font au contraire que croître. Le sens de son action et de sa pensée, débarrassées de la gangue de l'actualité et de leur part inévitable de contingence, apparaît d'une manière toujours plus claire et plus cohérente. Sa voix vivante grâce à ses ouvrages, toujours ferme, souvent prophétique, est de plus en plus largement reconnue par-delà les frontières nationales et idéologiques par les orthodoxes comme la voix de l'Église. L'œuvre du père Alexandre Schmemann se situe dans le droit fil de la tradition théologique et liturgique russe, qui avait trouvé refuge à l'Institut Saint-Serge, avant d'essaimer à travers le monde et notamment en Amérique. Elle joue un rôle crucial aujourd'hui dans la renaissance de l'Église en Russie, où tant de fils ont été brisés et où elle est pour beaucoup des membres les plus conscients du clergé et des laïcs une référence, un maillon précieux permettant de renouer avec la Tradition. Beaucoup de ceux qui lisent aujourd'hui le père Alexandre Schmemann et s'inspirent de son expérience n'ont sans doute pas l'âge de l'avoir connu de son vivant.

Le regain d'intérêt qu'on observe actuellement est dû pour beaucoup à la parution récente du Journal du père Alexandre, sans doute son œuvre littéraire la plus importante, dont la publication a été en Russie un véritable événement et ne cesse d'inspirer et de nourrir débats et réflexions. Un recueil complet de ses articles dispersés, certains introuvables ou d'accès difficile, doit paraître cette année à Moscou et contribuera à mieux faire connaître encore les différentes facettes du théologien et du publiciste. Dans l'avenir on attend beaucoup d'une éventuelle publication de l'abondante correspondance du père Schmemann, qui devrait prolonger et compléter l'image donnée par le Journal. Le 25e anniversaire du décès du père Alexandre Schmemann semble être l'occasion de prendre du recul et de mesurer la place qu'occupent la figure et l'œuvre du père Alexandre Schmemann dans l'orthodoxie actuelle. Des réunions commémoratives se sont déjà tenues à plusieurs reprises. Le présent colloque voudrait tenter un bilan, en passant en revue aussi complètement que possible les différents aspects de l'action, de l'œuvre et de la vision du père Alexandre Schmemann, les différentes lectures qui peuvent en être faites, leur actualité dans l'Église d'aujourd'hui.

Il pourrait être aussi l'occasion de rappeler l'importance de la figure du père Alexandre Schmemann pour l'orthodoxie en Europe occidentale et singulièrement en France, où s'est passée son enfance, où il a été formé, où il a été ordonné prêtre (pour la chapelle de Clamart) et où a commencé son engagement ecclésial, notamment au sein de l'Action Chrétienne des Étudiants Russes. Après son départ pour le séminaire Saint-Vladimir de New-York, le père Alexandre Schmemann est revenu régulièrement à Paris où il avait gardé des amis et de la famille et où il avait laissé une part de lui-même. Aujourd'hui plus que jamais, alors que s'engage autour de l'Assemblée des évêques le processus d'unification progressive des orthodoxes de la région, la vision du père Alexandre, qui s'inspirait du mystère de l'Eglise dans sa double dimension locale et universelle, et qui ne craignait pas de dénoncer avec vigueur tout ce qui lui semblait être une réduction insupportable de la Tradition et du message évangélique, peut servir de référence et de source d'inspiration dans l'édification de l'Église locale d'Europe occidentale.

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